Une oeuvre, un comédien

Je veux voir Mioussov

De Valentin Kataiev
Présenté par Vincent Michel

« Je veux voir Mioussov… depuis la pendule. »

Je suis caché dans la pendule. Pendant que je suis là, serré, coincé, suppléant de mon mieux le balancier, mes partenaires du Grenier écument la scène. Je veux voir Mioussov, c'est sûr, ça n'arrête pas. C'est un vrombissement incessant de quiproquos façon machinerie de brise-glace. Et c'est ça, d'ailleurs, qui m'a mené là, cloîtré entre les quatre planches de cette comtoise, le cadran contre le front, son chapeau pour couvre-chef. Mioussov - le camarade Mioussov, le rôle-titre, campé par l'auteur de ces lignes - est un rouage de l'appareil d'état soviétique. Las ! on le prend pour un autre. Et on le pourchasse ! Tout le monde ! Un subalterne névrosé, une quinquagénaire volcanique, une tractoriste pétulante, un marin enragé. Ledit fonctionnaire donne un peu de pain sur la planche à l'acteur, mais offre de quoi se régaler, aussi. 

Je suis camouflé dans la pendule. De dehors, le public doit apercevoir mes chaussons qui dépassent du meuble, ma robe de chambre qui transparaît à travers la vitre de la porte. Tenue légère - le comédien ne s'en plaint pas ! - maison de repos oblige. Oui, Mioussov a eu son ticket pour un séjour aux Tournesols. C'est ici, dans l'un de ces fameux sanatoriums de l'URSS, que Valentin Kataïev place son intrigue. Outre Mioussov lui-même, qui, côté jeu, vous propulse sur une corde entre assurance maladroite et terreur face à l'absurde, c'est justement cette atmosphère qui interpelle. Ambiance à la russe ! Tandis qu'il déroule son écheveau de rebondissements, l'auteur s'amuse avec ce qui a cours, dit-on, de l'autre côté de l'Oural : hivers rudes, amours slaves et héroïques, ours, hiérarchie éreintante, administration kafkaïenne. 

Je suis recroquevillĂ© dans la pendule. Dans deux minutes, il va falloir surgir Ă  nouveau. La comĂ©die touche Ă  sa fin, l'intrigue doit se rĂ©soudre, les fils se dĂ©mĂŞler. Ceux qui croyaient que Mioussiov n'Ă©tait pas Mioussov doivent ĂŞtre dĂ©trompĂ©s. Ceux qui ne croyaient pas que Mioussov Ă©tait Mioussov aussi. Ou l'inverse, on ne sait plus. En tout cas, ce n'est pas pour rien si l'intĂ©ressĂ© se retrouve claquemurĂ© dans une horloge – de celle-lĂ , je m’en souviendrai ! Il est la victime collatĂ©rale. Celle d'une mĂ©canique infernale.   »
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